
Hommage à Hughes Richard
C’est bien à la croisée des grandes routes et des sentiers tourbeux que j’ai fais la connaissance de Hughes Richard, poète, baroudeur, aventurier de l’âme humaine, éditeur, libraire en chambre, grand connaisseur de Blaise Cendrars et j’en passe.
Cerné par le désir ambivalent de vouloir tout à la fois se poser et partir, Hughes Richard, riche de quelques repères au creux de sa besace, semblait chercher dans l’écriture un espace vrai entre aspirations intimes et réalité, désenchantements lucides et utopie.
C’est ainsi que nous lui devons divers ouvrages : La vie lente, Neige, Ici, La Saison haute, A toi seule je dis oui, une poésie du présent, du désarroi, de la révolte mais aussi de l’espérance, qui allait de manière sûre et dense vers son avenir, propulsée par les voyages, les rencontres, étourdie peut-être un peu qui sait, riche en tous les cas d’avoir traversé quelques terres étrangères. Une poésie de la mémoire aussi, (que d’évocations chez Hugues Richard ! vous en conviendrez).
Riche du désir de connaître, de comprendre le monde mais le peut-on ? le poète, à travers l’écriture, appréhendait l’amour, les déchirures, les hivers qui n’en finissent pas comme autant de jalons sur les routes de la vie. Et son regard vif, tendu, sans concession, trouvait entre l’insolence des cendres et les trouées de lumière l’affleurement d’un langage possible.
J’ai rencontré plusieurs fois Hughes Richard, mais c’est à la Vallée des Ponts où il s’était établi un jour lumineux de septembre que j’ai senti combien il était possible de se re-cueillir devant les étendues tourbeuses recouvertes de bruyères, de linaigrettes, de bouleaux, d’eaux secrètes, et plus encore dans la lumière fragile du petit Bois-des-Lattes.
Emporté par cette contrée qui depuis n’avait cessé d’approfondir sa parole, Hughes Richard y avait déployé une écriture patiente qui se remémorait, interrogeait l’entrave de ses propres limites, cherchait à habiter…l’inachèvement. (Il lui a naturellement fallu, pour cela, connaître l’errance, les ruptures, la perte dramatique de son épouse, nous le savons).
D’ailleurs en ce qui concerne l’inachèvement vécu au quotidien, Hughes Richard s’y connaît. Preuve en est son recueil à toi seule je dis oui, a été mainte et mainte fois remis sur le métier. Et ne disait-il pas dans uninterview à propos de ces livres qu’il n’admettait pas le point final. Et pourtant…
Entre la fascination pour la femme aimée, l’enfance évoquée et la mort, entre ces extrêmes éprouvés qui lui collent à la peau, Hughes Richard le savait, c’était son arrière-pays qu’il appelait. Il en écoutait la musique, s’y recueillait, libre et attentif, en goûtait la moelle, remettant le temps à sa place, élargissant peu à peu le souffle, l’essentiel.
Riche de cette générosité de cœur et d’âme qui le caractérisait, la parole incisive comme mot de passe, Hughes Richard nous a offert à travers ses livres, l’énergie de la vie qui s’entend par delà les frontières, les mers, les sapins, les murs de pierres sèches. Pas d’incantations superflues pour dire le désir, la vérité, mais une mémoire d’horloger, une vision aigüe du monde, une quête de l’amour éprouvé jusqu’à la douleur.
Une œuvre forte et ardente qui continue de résonner aujourd’hui, preuve que les grandes voix ne s’éteignent jamais.
Françoise Matthey
25 avril 2026